MotoGP
72 heures avec Tony Arbolino : une ascension vers le succès en MotoGP™
Le talentueux pilote Italien se bat pour les lauriers du classement en Moto2™ après seulement deux saisons. Retour sur son parcours.
Jeudi 9 septembre, MotoGP™ d'Aragon, 2021. Je descends la voie des stands en fin d'après-midi. Les seuls bruits qu'on entend sont les cliquetis des outils utilisés pour les derniers préparatifs sur les motos avant les essais du vendredi.
Sorti de nulle part, j'entends quelqu'un chanter à tue-tête le refrain de "Girl on Fire" de la chanteuse Alicia Keys. Je me tourne pour regarder et voir qui c'est. Tony Arbolino, pilote Moto2™, assis sur son engin pendant que ses mécaniciens - malheureusement sans boules quiès - travaillent autour de lui.
"Ça va, tu kifffes ?", lui dis-je. "Toujours", me répond-il. Son mécano sourit et me regarde comme pour me dire : "c'est normal avec Tony." Il apparaît comme insouciant, excentrique et, honnêtement, quelque peu erratique. Peu de pilotes dans le monde du MotoGP™, sinon aucun, ne lui ressemblent. Comment quelqu'un comme lui peut-il être un candidat sérieux au championnat du monde ?
Avance rapide en 2023. Et plus précisément, le jeudi 24 juin, au Grand Prix des Pays-Bas à Assen. Tony Arbolino mène le Championnat du Monde Moto2™ devant Pedro Acosta. Jusqu'à présent, il n'y a eu qu'une seule course cette saison où il n'a pas réussi à décrocher la victoire ou un podium. Le cadre est idéal pour s'asseoir avec lui et découvrir qui il est vraiment et ce qui le motive ce qui le motive pour les 72 prochaines heures.
"J'aime être moi-même, mais en ce moment j'essaie d'être plus sérieux avec toi, parce que je veux m'assurer de détailler toutes les étapes que j'ai franchies pour arriver ici", explique-t-il.
Commençons par le commencement. De nombreux pilotes chevauchent des motos quand leurs parents leur en achètent une lorsqu'ils sont jeunes. Alors que Tony marchait à peine, son père en a une acheté une, non pas pour son fils mais pour lui. Ce n'est que plus tard qu'Arbolino senior en a acheté un pour son fils afin qu'il puisse rouler avec lui.
"Lorsqu'on est allé roulé, j'ai été plus rapide que mon père ! Il était vraiment surpris. Dès l'âge d'un an, je faisais du vélo, mais je n'avais jamais de moto auparavant. Ma famille s'est toujours demandée pourquoi j'avais un sens de l'équilibre aussi précoce.
On pourrait penser qu'à partir de ce moment, il était écrit que Tony deviendrait pilote professionnel. Mais en Italie, le chemin vers la célébrité est rarement tracé pour les jeunes pilotes. Enfin, sauf si vous vivez le long de la côte de Rimini où la majorité des superstars italiennes actuelles du MotoGP™ sont nées et ont grandi. Qui ? Un certain Valentino Rossi, neuf fois champion du monde de MotoGP, par exemple.
Tony Arbolino lui, a grandi dans une petite ville près de Milan à quelque 400 kilomètres de là. Et il a fallu que quelques courses pour que la famille Arbolino décide de se lancer dans la compétition.
"J'allais à l'école du lundi au vendredi, puis le vendredi après-midi, on allait sur la côte de Rimini, pour rouler le samedi et le dimanche. Le dimanche soir, il y avait quatre heures de route pour rentrer à la maison, le lundi à l'école. Je n'arrivais pas à faire mes devoirs, alors l'école, c'était très dur", explique Arbolino.
"De mes 6 à 10 ans, ça n'a pas été facile, je faisais ça toutes les semaines. Mais quand j'ai grandi, ça m'a donné une motivation supplémentaire à toujours me dépasser."
Le fait de parcourir 800 km par semaine et de rouler par tous les temps - alors que les pilotes qui ont grandi sur la côte de Rimini pouvaient rouler pendant la semaine et avaient le "luxe" de ne pas rouler lorsque le temps devenait mauvais - n'a fait que renforcer le mental de Tony.
"J'ai fait beaucoup d'efforts pour mon père et pour moi. Je dois dire que nous n'avions pas beaucoup d'argent. Mon père a travaillé jour et nuit pour une caravane qui m'emmenait sur les courses, je me devais de prendre ça au sérieux, il ne pouvait pas faire ces trajets de 400 km deux fois par semaine."
Outre sa passion pour le sport, la motivation de Tony Arbolino semble provenir d'un sentiment de gratitude envers ceux qui l'aident.
Parmi eux : Angelo Tacca, un homme de son village qui a "vu le potentiel" et a fourni des fonds supplémentaires aux Arbolino jusqu'à ce que Tony atteigne le Championnat du monde Moto3™. Mais aussi son manager Carlo Pernat, figure légendaire du paddock MotoGP™, qui a pris Arbolino sous son aile en 2019 et qui lui a dit qu'il serait son dernier pilote à gérer avant de prendre sa retraite.
Il a d'ailleurs décliné l'opportunité de rejoindre l'académie de Rossi pour rester auprès des siens dans l'équipe Sic58 Squadra Corsica dans le championnat espagnol de Moto3. Voilà ce que Paolo Simoncelli a mis en place pour Tony au cours de ces années, le guidant vers la scène mondiale.
Après une première année décevante en Championnat du Monde Moto3™ en 2017 (terminant 34ème au classement généra avec seulement deux points, Tony Arbolino a finalement fait le grand saut vers la Moto2™ en 2022.
L'équipe de Tony Arbolino, MarcVDS, est désormais l'une des plus performantes du paddock. N'importe quel pilote rejoindrait ses rangs et c'est probablement en partie grâce à Tony qui a eu un impact immédiat sur le team.
"Je suis extrêmement bien entouré et c'est le principal. Vous pouvez rejoindre la plus grande équipe mais si vous ne vous sentez pas bien avec les gens, ça ne fonctionne pas."
Le week-end d'Assen ne s'est pas bien passé pour Arbolino vendredi et samedi. Il est rapide dans plusieurs sections du circuit, mais l'une d'entre elles lui pose particulièrement problème. "Le samedi c'est toujours un peu compliqué. C'est le dimanche qui compte", explique l'un de ses mécaniciens. Son chef d'équipe, Lucio Nicastro, l'attend dans la voie des stands et le serre dans ses bras lorsqu'il descend de la moto. Tous les pilotes et chefs d'équipe n'ont pas une relation aussi forte.
Jusqu'à cette huitième course de la saison, la plus mauvaise performance d'Arbolino était une quatrième place. Il avait déjà remporté deux victoires, trois secondes places et une troisième place. Arbolino mène clairement le championnat devant Pedro Acosta. Les deux ne sont clairement pas amis, mais ils se respectent mutuellement.
Jusqu'à présent, c'est Acosta qui a parfois failli. Arbolino a gagné en France alors qu'Acosta a chuté en le poursuivant. La seule erreur depuis le début de l'année s'est produite ce week-end : Arbolino n'a pu obtenir que la septième place au drapeau à damier, soit trois positions de plus qu'à l'extinction des feux.
Un week-end difficile en essais et en qualifications, un réveil le dimanche tout en sachant qu'il est sur la corde raide et qu'Acosta est dans son élément... tous les ingrédients sont réunis pour commettre une erreur stupide, perdre la tête du championnat et entamer la pause estivale de cinq semaines en mauvaise posture.
"Je peux gérer toutes les situations et j'ai une très bonne maîtrise de mon corps et de mon esprit", se défend-il. C'est ce qui me permet d'être très concentré le dimanche et de ne pas faire d'erreurs. Quand je suis sur la moto, je peux tout percevoir, c'est quelque chose que j'ai en moi. La vitesse ne m'affecte pas."
Télécharge ici et gratuitement l’application Red Bull TV pour profiter de nos vidéos, directs et événements de musique et de sports extrêmes sur tous tes écrans !